Un meuble à tout faire (ou) Un étrange hommage ?

Eugène Vallin, Banquette Kronberg, dite « au mineur », 1902

Le mineur. Il est au centre d’un meuble imposant, nu et courbé, un corps athlétique idéalisé, une lampe devant lui. L’idée paraît aujourd’hui étrange : utiliser une telle image pour un meuble de salon de billard… Il faut dire que son propriétaire, négociant, a bâti toute fortune sur le charbon, cet or noir qui a coûté tant de vies. Car la journée d’un mineur pouvait dépasser les 14 heures, malgré les lois sur la durée légale du travail qui ne seront effectives qu’après la Première Guerre mondiale. En plus d’un labeur harassant, réalisé dans des positions inconfortables, au sein d’espaces étroits avec peu d’oxygène, beaucoup d’humidité et des températures élevées, de multiples dangers guettaient les mineurs : éboulement, inondation, asphyxie, chute, ou coup de grisou…

Un étrange bas-relief, donc, pour un ensemble tout aussi étonnant dans son dessin et par l’association de ses fonctions : au centre, une banquette à l’assise très étroite pouvait accueillir une courte pause et quelques queues et boules de billard dans son coffre ; à gauche un petit bureau et une bibliothèque ornée des vitraux de Jacques Gruber invitaient peut-être à prendre quelques notes ; à droite, un cache-radiateur, surmonté d’une armoire encadrée de sellettes, permettaient tantôt de cacher système de chauffage, linges ou objets, tantôt d’exposer quelques bibelots, sculptures ou vases chers au commanditaire. L’unité est assurée par l’ombellifère qui dynamise et orne l’ensemble.

Le salon de billard de Monsieur Kronberg était certes bien loin des réalités ouvrières, mais l’hommage rendu par Auguste Vallin à la main-d’œuvre qui fit la fortune du négociant, permet malgré tout, de ne pas les oublier.